La lettre de motivation

Prépa Sciences Po

La lettre de motivation est un des éléments les plus importants. Elle permet au candidat de mettre en valeur certains éléments de son parcours personnel ou académique en justifiant son intérêt pour l’IEP de Paris. Le défaut principal des lettres est qu’elles sont souvent stéréotypées et semblent plus refléter la motivation des parents de l’élève ou des enseignants qui l’ont aidé à la rédiger. Si à l’évidence il est judicieux de faire relire sa lettre, voire de s’inspirer de certaines lettres de candidats qui ont réussi, il ne faut pas oublier que l’authenticité de la motivation reste la clef d’une lettre réussie. Trois remarques peuvent guider la rédaction.

Il faut d’abord que la lettre soit organisée ou structurée de façon logique et didactique : un évaluateur prend en effet connaissance d’un candidat sans vraiment savoir qui il est, sans savoir comment il pense, et sans nécessairement s’attendre à ce qu’il va dire. Il possède certes une représentation de l’identité du candidat et de son parcours scolaire et personnel, mais cette idée n’est pas nécessairement vraie, ou ne l’informe pas forcément sur ce qui porte le candidat à vouloir faire l’IEP de Paris. Il faut donc que la présentation de la motivation soit structurée de telle sorte que ressortent les points les plus importants, et qu’ils s’articulent logiquement. La structure la plus adéquate est de commencer par présenter d’où l’on vient, pour expliquer qui l’on est, et enfin faire comprendre ce que l’on veut devenir.

  • - D’où l’on vient permet de saisir ce qui a poussé l’élève à choisir sa filière, et à faire ce qu’il a fait jusqu’à présent. Il ne faut pas simplement expliquer les choix scolaires, mais donner de l’épaisseur humaine en évoquant ses passions, ses expériences professionnelles, ses expériences humaines. J’ai par exemple le souvenir d’un candidat qui expliquait qu’il avait découvert l’IEP de Paris lors d’un stage de troisième dans une rédaction d’un quotidien de presse régionale, lorsque son maître de stage lui avait parlé de ses propres études.
  • - Ce que l’on est a moins pour vocation de répéter des éléments objectifs déjà renseignés dans le dossier, que de donner un aperçu plus subjectif permettant de saisir quelle représentation le candidat a de lui-même et ce qui est important pour lui au moment où il présente l’IEP de Paris. Par exemple, lors des oraux 2016, j’ai eu l’occasion d’entendre une élève de terminale qui pratiquait à très haut niveau du sport, le volley, et qui expliquait qu’aucun endroit mieux que l’IEP ne lui garantirait de pouvoir combiner ses choix.
  • - Enfin, ce que l’on veut être est crucial, parce que le candidat explique son projet, la façon dont il se projette dans l’avenir, ce qui permet de comprendre en quoi l’IEP est un moyen essentiel de concrétiser son projet, sans toutefois nécessairement ne mobiliser que des éléments en lien avec l’IEP. Un bon candidat sera souvent une personne épanouie, qui ne se comprend pas seulement et uniquement comme un étudiant à Sciences Po. L’an dernier, un candidat expliquait ainsi dans sa lettre que la force du cursus de l’IEP était de combiner une transversalité d’enseignements sans obliger dans un premier temps, lors du collège universitaire, à un choix de spécialité. Il a donc sans complexe expliqué, ce qui était assez osé au fond, qu’il fallait lui donner la chance d’affiner ses choix, puisqu’il était bon partout et qu’il n’avait pas encore eu la chance de s’épanouir dans une filière des sciences humaines en particulier.

Il faut ensuite que la lettre soit d’abord rédigée personnellement, sans l’aide d’une intelligence et d’une plume extérieures. Le choix des mots est essentiel à l’authenticité, la formulation exprime plus qu’un sens : elle montre comment s’exprime et se construit la pensée de l’auteur de la lettre. S’approprier quelque chose que quelqu’un d’autre a rédigé est souvent très difficile, partiellement étranger à soi, et surtout risque d’être source de maladresses lors de l’entretien avec le jury. Il arrive souvent qu’un candidat ne comprenne pas précisément ce que signifient les mots qu’il est pourtant censé avoir rédigés lui-même, ou ne saisisse pas les implications de ce qui est écrit. Lors de la lecture d’un dossier de 2014, j’ai été confronté à une lettre excellente d’une candidate qui expliquait très précisément les garanties de l’indépendance du magistrat du parquet. En l’interrogeant sur l’institution judiciaire en France, sur les différences entre magistrat du siège et du parquet, je me suis aperçu qu’elle n’en avait aucune idée, et que son père était magistrat. J’en ai évidemment déduit qu’elle n’était pas l’auteur de sa lettre. À l’inverse, cela ne veut pas dire qu’un candidat doit s’interdire de faire relire sa lettre, pour corriger le style, les formulations, ou plus simplement la grammaire et l’orthographe, mais ces corrections seront d’autant plus pertinentes qu’elles porteront sur un texte personnel existant. Par ailleurs, il n’est pas inutile d’échanger avec quelques personnes au sujet de ce qu’elles comprennent de la lettre, afin de saisir de quelle manière elle est interprétée et peut conduire le jury à souligner tel ou tel aspect, ou à poser certaines questions.

Il faut enfin insister sur l’efficacité de la transmission du message. Trop de lettres sont trop longues, parce que verbeuses ou encore peu adaptées à l’objectif. J’ai le souvenir d’une lettre qui racontait avec emphase l’histoire de l’IEP de Paris, en expliquant en quoi la conception de la nation d’Émile Boutmy et des fondateurs de l’IEP de Paris pouvait se rattacher à une conception républicaine mettant fin à l’opacité d’une gouvernance monarchique. Est-il vraiment utile d’exprimer ainsi des idées aussi savantes ? Une lettre doit donc être concise et viser un objectif : celui de l’intégration à l’IEP de Paris. Il ne faut donc pas vouloir à tout prix briller par son originalité, son emphase, ou encore vouloir mettre en avant tous les éléments de soi, y compris ceux qui n’ont aucun rapport avec la motivation pour l’IEP. L’objectif de la lettre doit toujours rester d’expliquer quel est le rapport personnel que l’on entretient avec une poursuite d’études à l’IEP de Paris.